Dossier de présentation

Création du 23 au 30 janvier 2018 à la Comédie de l’Est, CDN d’Alsace.

Février au Tanzmatten (Sélestat)

Du 3 au 8 avril 2018 au TAPS (Strasbourg).

Mai à l’EPCC Bords de Scène (Vitry-Le-François)

Lune jaune

de David Greig
Création Janvier 2018
Traduction Dominique Hollier

À propos de la pièce

La pièce raconte l’histoire de Leila la silencieuse et Lee le mauvais garçon, deux adoles- cents rejetés et stigmatisés, à l’existence fragile. Lee vit seul avec sa mère Jenni depuis que son père est parti quand il avait cinq ans en lui laissant pour seul souvenir une cas- quette. Lee rêve de faire fortune grâce au crime, de devenir, pourquoi pas, le premier mac d’Inverkeithing.

Leila est une bonne petite mais son corps l’encombre… Il y a aussi Billy, le beau-père de Lee, qui voudrait offrir une bague à Jenni. Un mauvais départ, une erreur, un meurtre, et voilà Lee fuyant avec Leila la silencieuse, en plein hiver, dans les collines

hostiles, à la recherche de son père. Frank, le garde-chasse, les recueille. Trois êtres per- dus qui se trouvent et qui s’égarent. Lune Jaune est une mémoire morcelée, l’élaboration d’un mythe intime dont la resti- tution se fait par le biais de multiples procédés narratifs : forme romanesque, polar, poème, chanson de geste, slam, ballade… Ce mélange de registres démulti- plie les points de vue et confère à l’œuvre une dimension tragi-comique.

Avec pour motif principal la question identitaire, l’auteur prend appui sur deux adolescents et nous fait voyager dans l’Écosse de Ken Loach. Terre rituelle dont les mystères sont propices au champ de l’imagination.

Lee : Pourquoi t’es venue avec moi la silencieuse ?

Leila : Parce que… Parce que quand je suis avec toi je me sens vraie et je fais partie d’une histoire et les gens m’imaginent et se demandent ce que je pense, et ça, ça ne m’arrive jamais sauf quand je me coupe et une fois, juste une fois dans la Grande Mosquée de Damas le jour où j’ai cru rencontrer Dieu…

Bien sur, elle n’a pas vraiment dit ça. En vrai elle n’a rien dit de tout ça. C’est tout juste si elle l’a pensé, elle était trop occupée à le regarder dans la lumière douce de la vitrine de C&A et à avoir envie qu’il soulève son T-shirt et qu’il la laisse poser sa main sur son coeur comme hier soir. 

À propos de l’auteur

David Greig est né à Édimbourg en 1969 et vit aujourd’hui à Glasgow. Il grandit au Nigeria puis il rejoint l’Angleterre où il étudie la littérature anglaise et l’art dramatique à l’Université de Bristol. Il est aujourd’hui reconnu comme une des voix les plus importantes de sa génération. Ses pièces sont régulièrement présentées par le London Royal Court, Out of Joint Theatre Company, the Young Vic, le Royal National Theatre et la Royal Shakespeare Company. Il est à présent dramaturge au Théâtre National d’Ecosse.

Sa première pièce A Savage reminiscence a été montée au Fringe Festival à Édimbourg en 1991. Parmi les pièces les plus récentes écrites par David Greig : San Diego en 2003 ou une journée au coeur du rêve américain ; The American pilot en 2005, explore la manière dont l’Amérique perçoit le monde et réciproquement ; Pyrénées en 2005 au sujet d’un homme trouvé dans les collines des Pyrénées et devenu amnésique. Yellow Moon (2006), Miniskirts of Kabu (2009), Dunsinane (2010), et, plus récemment, The Strange Undoing of Prudencia Hart (2011), Monster in the Hall (2012).

Son écriture ironique, sombre et drôle, est marquée à la fois par une impression- nante maîtrise de l’écriture dramatique et par une capacité rare de mettre le monde politique et humain d’aujourd’hui sur la scène. À travers la peinture d’un milieu social modeste, David Greig interroge de nombreux enjeux propres à l’adolescence sans jamais tomber dans les clichés.

Note de mise en scène

La découverte du texte de Greig a été pour moi comme la découverte d’un palimpseste. C’est-à-dire un texte en dessous duquel se cache de nombreuses autres références. Comme si derrière le texte de l’auteur écossais apparaissait le souvenir de mes premières lectures fondatrices de théâtre. À la lecture de Lune Jaune, on peut voir apparaître de façon lointaine, L’Orestie d’Eschyle, Roméo et Juliette de Shakespeare, la fuite des célèbres Bonnie and Clyde. On peut aussi penser au cinéma de Ken Loach. Mais au-delà des références et des résonnances qui apparaissent en échos, la singularité de la pièce réside dans le fait de se faire rencontrer la petite histoire de deux jeunes gens en fuite et la grande Histoire. Leila et Lee sont deux figures anonymes qui s’inscrivent dans leflot des générations qui se répètent et se succèdent. L’histoire de Leila et Lee nous rappelle l’importance de ra- conter des histoires, de cultiver une tradition orale et de prendre place parmi les récits qui nous constituent culturellement. Lune Jaune serait donc une pièce qui voudrait dire avant de montrer. C’est un théâtre du récit qui mêle avec habileté les genres. On passe ainsi du polar au récit épique, du poème à la forme romanesque. Il s’agit d’une fable où le mode de narration est en perpétuel évolution, révélant la complexité d’une histoire où personne n’est tout à fait à sa place. On pourrait parler d’une tectonique du récit où la forme ne cesse d’évoluer pour révéler l’instabilité des protagonistes en quête de leurs origines et du sens de leurs existences.
L’axe de mise en scène que nous proposons est donc celui de privilégier la simplicité et l’épure, un théâtre en prise directe avec le spectateur. Lune jaune est d’abord et avant tout une histoire à raconter. Les acteurs et les musiciens seront les porteurs, les rapporteurs de la fable. Les images qui se dégagent du plateau apparaîtront au second plan, par un procédé d’envahissement lent et discret. Nous chercherons à favoriser et stimuler l’imaginaire du spectateur sans illustrer la pièce. Comme si la fable imprimait son emprunte de façon indélébile. Comme les refrains obsédants de chansons populaires qui nous accompagne à certains instants de nos vies.

Laurent Crovella

Distribution

Texte : David Greig
Traduction : Dominique Hollier
Mise en scène : Laurent Crovella
Jeu : Laure Werckmann et Fred Cacheux
Musique : Christophe Imbs, Jérémy Virola et Francisco Rees
Scénographie : Gérard Puel

Production Les Méridiens

Coproduction : Comédie de l’Est, Centre Dramatique National d’Alsace, Colmar
Partenaires : DRAC Grand Est, Région Grand Est, Ville de Strasbourg, Conseil Départemental du Bas-Rhin, Conseil Départemental du Haut-Rhin, ADAMI, SPEDIDAM.